Barre latèrale
Retour aux actualités

« Réflexion et partage autour des futurs usages du site Cap 44 – Les Grands Moulins de Loire », retour sur la table ronde du 29 mars 2018

Dans le contexte global de l’aménagement urbain du Bas-Chantenay, le site Cap 44-Grands Moulins de Loire fait aujourd’hui l’objet d’une concertation citoyenne. Le 29 mars 2018, Alain Marinos, architecte, ancien Inspecteur général des patrimoines, Loïc Mareschal, du Cabinet Phytolab et paysagiste du projet urbain du Bas Chantenay / Carrière, Pascal Fourrier, directeur de projet de l’agence A.I.A. Architectes et Laurent Devisme, sociologue, urbaniste, enseignant-chercheur à l’école d’architecture de Nantes ont présenté des projets et réflexions en lien avec les 3 scénarios possibles. 

Ces présentations reposant sur leurs expériences, mettaient avant les usages possibles d’un site tel que Cap 44 les Grands Moulins de Loire, en cohérence avec l’aménagement du secteur de la Carrière dans sa globalité.

Quelle place pour le patrimoine industrialo-portuaire dans les aménagements urbains ? 

A partir des exemples de Shanghai, Séoul ou New York, Alain Marinos est revenu sur la place du patrimoine industrialo-portuaire dans les aménagements urbains.

Les grandes métropoles, ici ou ailleurs, vivent un  changement de paradigme assez profond. Shanghai, connue pour sa modernité exacerbée, souffre du retour de bâton : pollution, stress…Sa priorité aujourd’hui est d’humaniser la ville, avec la culture et le patrimoine. Shanghai est traversée par une rivière, avec un grand complexe industrialo-portuaire en déshérence. Qu’est-ce qu’on en fait ? Constat : faire un grand projet et l’imposer à la population, ça ne marche pas bien. Si on réhabilite et qu’on « stérilise », on se retrouve avec des bureaux de grandes entreprises les unes à côté des autres, sans aucune vie autour, sauf le week-end, avec les promeneurs. À Séoul, la ville est suréquipée mais insupportable. La priorité aujourd’hui, c’est la  qualité de la vie. On a oublié les habitants et ils en souffrent. Même chose à New-York, où écologie et culture ensemble sont devenus deux enjeux communs pour rendre la ville plus humaine, notamment à travers des lieux réhabilités. Le concept de tiers lieu est intéressant pour ces grandes métropoles.

Un tiers lieu c’est quoi ?

L’histoire a commencé avec les squatts. À un moment donné, on réhabilite et on stoppe tout, sans consulter les gens, dans une logique descendante. Puis il y a eu officialisation de ces systèmes. C’est une mode de fonctionnement qui émerge pour les  jeunes générations et qui pourrait permettre de changer de paradigme sur cette base. Il s’en crée 20 par jour sans qu’on en parle. C’est déjà un lieu qui a une histoire et on voit que ça fonctionne pour les jeunes générations qui sont en relation avec le monde entier, via Internet, et recherchent des lieux marqués par le passé, avec une identité forte. Il y a un besoin de repères. Le concept est venu de la génération qui a connu la colocation et qui crée naturellement la colocation de travail. C’est un mélange de fonctions : espaces de co-working, fablabs… C’est un projet qui se construit « en avançant » et pas imposé à tout le monde. Les acteurs publics sont partie prenante de ces projets qui fleurissent sur le territoire, comme Plaine Commune, en Seine Saint-Denis.

Des exemples de Tiers-Lieu : Le lieu uniqueLa Halle PajolLa RecyclerieLes Grands VoisinsStation FLa Fabrique du Loch, Cobalt.

De nouveaux usages possibles dans l’espace public. L’exemple du front de mer de St Nazaire ou comment retrouver le lien avec l’eau.

Pour Loïc Maréschal, « c’est la question de la réinscription des villes dans leur géographie. Rivières et fleuves sont les lieux de fondation de la ville et on y revient. C’est le cas dans le projet du Bas-Chantenay, entre Sillon-de-Bretagne et Loire. »

A Saint-Nazaire, le projet a permis de dégager la vue le plus simplement possible, en travaillant sur la révélation des lieux, en coupant environ 200 arbres sur 400, en supprimant un muret, remplacé par une main courante transparente, en réduisant la voirie, en supprimant du stationnement en front de mer. Au final, la grande promenade aménagée est aujourd’hui très fréquentée, avec un square dégagé vers la mer, des jeux pour les enfants, un skatepark de 1500m², enfoncé dans le sol, avec vue sur mer, comme en Californie, des cafés provisoires, des animations… comme une place de village. Dans un second temps, dans le même esprit et toujours en concertation avec les habitants, la Place du Commando a été aménagée pour lui permettre de retrouver une attractivité, y compris en soirée, avec des cafés, des restaurants et une vue dégagée sur l’eau, pour que l’ambiance du front de mer pénètre vers la ville.

Quelle lecture patrimoniale porter sur un territoire ? Comment préserver la mémoire de ce patrimoine ?

Laurent Devisme est revenu sur l’organisation de la mémoire en fonction des valeurs présentes : « Il n’y a pas de mémoire individuelle sans mémoire collective. »

Le rapport entre la ville et le fleuve, à Nantes, ce sont des courants de pensées et d’expériences divers. Bien que Nantes, dans son passé lointain, ait eu un rapport très étroit avec l’eau (Venise de l’Ouest), elle s’en est éloignée longtemps. On retrouve le rapport à l’eau, dans les projets urbains des années 90/2000. On ose des bâtiments institutionnels (cité des congrès). On cherche à souligner « l’insularité » de l’île Feydeau. Les trois éditions d’Estuaire (2007-2009-2012) ouvrent des perspectives, entre Nantes et Saint-Nazaire. Le travail d’Alexandre Chemetoff sur l’île de Nantes bouleverse le paysage, entre  respect de l’identité des lieux et chamboulement radical. Tout cela provoque des débats salutaires, des pourparlers autour du sens des lieux, des valeurs urbaines…

Des exemples de transformation à Nantes : La Manufacture des tabacs, Le Lieu Unique, Le site des Fonderies… Des lieux dans lesquels différentes valeurs s’associent : architecturales, esthétiques et des valeurs d’usages. Pour Laurent Devisme : « Ne pas maîtriser complètement la vocation d’un espace est une bonne idée à maintenir. Il est sain d’entretenir pourparlers et controverses. »

Un exemple de bâtiment transformé : l’ancienne salle à tracer des Chantiers Dubigeon accueille aujourd’hui les bureaux de l’agence d’architecture A.I.A.

2 ans de diagnostic ont été nécessaires pour réinvestir ce bâtiment témoin de l’industrie navale. Le projet, initié en 2010, a pris 7 ans. L’architecture du bâtiment est très fonctionnelle, c’est une « architecture sans architectes », un bâtiment conçu par des ingénieurs pour un usage rationnel. Une grande nef en béton 1915, 2300 m² de planchers sur 3 niveaux, avec un niveau 1 très bas (vestiaires). L’élément central du projet, c’est le  plancher de la salle à tracer, classé au patrimoine nantais. Il s’agissait de préserver ce qui constitue une rareté, puisque toutes les autres salles à tracer de France ont été détruites. C’était un bâtiment support de la construction navale,  c’est devenu un témoin de l’histoire animé d’une nouvelle vie.

Pour Pascal Fourrier : « On peut noter des similitudes entre ce bâtiment et Cap 44 : son implantation, sa structure en béton (un peu plus tardive), les enjeux de transformation pour initier de nouveaux usages, et le fait que les deux bâtiments se fondent sur le rapport à la Loire. »

>> Consultez la plaquette :

>> Tout savoir sur la démarche de concertation et contribuer en ligne sur Nantes & Co

Mise à jour le 12 avril 2018

A propos du projet